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Si je pouvais revivre

Si je pouvais revivre seulement 24 heures de ma vie d'écolière

Alors que j’étais une très bonne élève, pour le bonnet d âne, je connais.
J’allais à l’école des sœurs qui était payante. Mes parents étant très fantaisistes, assez bohèmes, papa nous menait tous les matins en retard, aussi je connais très bien la place derrière le tableau noir avec le bonnet d’âne : j’y avais droit presque tous les jours pour être arrivée en retard !
Toutefois, comme vous tous, j'aimerais être seulement vingt-quatre heures une petite fille afin de retrouver cette atmosphère que j’aimais. Tant pis pour le bonnet d’âne, mais j’y gagnerais tant d’autres choses !
Toutes ces odeurs de crayons, d’encre, de gomme arabique, les ardoises qui cassent...
Les marelles par terre dans la cour des petits, avec écrit en grand au-dessus de la marelle CIEL.
Les grandes « soupes », jeu de cordes à sauter où tous les enfants entrent en sautant, et souvent deux  imbéciles de service qui amènent cette très grande corde et qui tournent pour que les autres s’amusent à sauter : Sabine et Odile !L’heure du repas servi en bas dans le réfectoire,au-dessous de l’immeuble des sœurs où vivaient des personnes très âgées.
Je me rends compte qu’en fait nous ne prononcions pratiquement jamais ce mot. Il est vrai qu’en ce temps-là les familles aimaient leurs vieux parents et les gardaient bien souvent à la maison où ils s’éteignaient dans l’amour de leurs enfants.
Le réfectoire !!
L’odeur est dans mes narines depuis que j'y suis allée la première fois. L’odeur du « petit monde » : les lentilles que nous mangions souvent car il y a du fer dedans.
Nous nous lavions les mains.
Il y avait toutes les tables des élèves et à gauche en rentrant une plus grande table ou déjeunaient les maîtresses mais jamais les sœurs. En fait, je n’ai jamais vu une sœur manger devant moi. Je pense que c’était interdit. Puis nous prenions place après que les maîtresses se soient assises. Nous récitions le bénédicité.
« Bénissez-nous Seigneur, bénissez ce repas, ceux qui l’ont préparé et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas, Ainsi soit-il … »
L’épervier auquel nous jouions dans la cour des grands. En septembre 2005 il y avait deux pièces construites dessus et maintenant plus rien n’existe.
Ainsi va la vie.
Les bancs de pierre tout le long des espaces des préaux où nous découvrions les goûters que les parents avaient préparés pour nous dans de petits paniers d’osier...
Une fois par semaine il y avait l’ouvroir, le plus souvent sous une tonnelle (sous la charmille) dans le jardin après la maison de retraite.
Nous y apprenions à faire de minuscules points de couture avec des aiguilles non moins minuscules.
Mes jeux avec mes amies : Nadia Guillaume blonde comme les blés, très intrépide, Thérèse Hobb qui était toujours parée de superbes anglaises (j’ai appris plus tard qu’elle avait droit tous les soirs aux papillotes, ces petites bandes de tissu dont on se servait en guise de bigoudis, afin d’être bouclée !) Moi qui avais des cheveux blonds et raides comme des baguettes de tambour genre « malheurs de Sophie », d’ailleurs je pense que j’ai fait à peu près toutes ses bêtises et même d’autres ! Huguette Voinquel et combien d’autres ?
Oui, je revivrais tous ces souvenirs durant 24 heures et en rentrant maman serait avec papa et mes sœurs. Je pourrais vider les armoires et me déguiser à loisir avec Odile et jouer aux princesses, sans souci du lendemain, heureuse chez les miens dans notre foyer d’Hussein Dey, entourée de tous mes voisins, ma Zohra dans la cour près de sa grand-mère Madame Zerrouki, son plus jeune frère avec qui je m’amusais toujours, la famille Lassauce, les Bénéjam, madame Paillon l’épicière, monsieur Phallip le menuisier.
A côté de chez nous les Mirallès, la rue Blandan avec tous ses habitants.
Gyslaine Bosca et ses frères, Rosa, Khader son fils adoptif, Chériffa .
Au fond de la cour les Tholozan, Mme Verdu, les Navarro et les Moretti avec Oswald.
La petite mariée de treize ans mariée à Mr Mokrane (je crois me souvenir de son nom) L’après-midi quand son mari n’était pas là, nous jouions avec elle et la fille de son mari qui avait à peu près son âge.
Oui, je donnerai cher pour revivre une journée à Hussein-Dey au pays de mes premières amours... 

Sabine Bachelet

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